Le futur de l’apprentissage, c’est maintenant!

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Cet article a été publié originalement sur Les Affaires

Cela fait belle lurette que je m’intéresse à la question de l’apprentissage immersif et interactif, communément appelé «jeu sérieux » ou «formation immersive».

C’est que, des recherches le montrent depuis des années, les formations par le jeu sérieux permettent de réduire considérablement le temps – donc l’argent – dépensé en formation, tout en rehaussant l’efficacité des apprentissages par un fort engagement des apprenants.

Concrètement, l’idée est de plonger l’apprenant dans une situation fictive semblable à celle qu’il pourrait rencontrer au travail. Il est alors confronté à des problèmes concrets qu’il se doit de résoudre. Mais attention : chaque problème n’a pas qu’une solution permettant de se tirer d’affaire; au contraire, les solutions choisies par l’apprenant entraînent des conséquences imprévues, de sorte que la formation immersive rend compte de la complexité des situations rencontrées sur le terrain.

Tout au long de la formation, les apprenants sont poussés à faire des choix, lesquels orientent la suite des événements. À un peu à la manière d’une histoire «dont vous êtes le héros», les apprenants deviennent des acteurs de la formation plutôt que des spectateurs. En temps réel, les participants voient leurs indicateurs évoluer, ce qui leur permet de mesurer l’impact de leurs choix et d’ainsi ajuster leurs décisions ultérieures en conséquence.

Cette approche permet d’augmenter le sentiment de compétence et la motivation du participant. Flexible et adaptée à la réalité du monde du travail actuel, elle accélère l’apprentissage puisque la formation se déroule dans un contexte simulant un environnement de travail réel.

L’apprenant est alors au centre du dispositif de formation, et est activement engagé dans l’élaboration de ses apprentissages et dans le développement de ses compétences.

Le jeu sérieux se présente souvent sous la forme de courtes capsules. Ces dernières permettent de se frotter à des problèmes fréquemment rencontrés dans le cadre du travail. Mieux, elles invitent à réfléchir de manière structurée sur l’expérience virtuelle vécue, et donc sur leurs différents comportements dans la vie réelle. C’est donc là un bon moyen de faire une évaluation sommative de l’acquisition de concepts utiles dans le quotidien au travail.

Bref, la formation immersive agit ainsi comme un accélérateur d’expérience de travail.

Un gain pour tout le monde

Les plateformes des entreprises de technologies spécialisées dans ce type de formation permettent de récolter de précieuses données :

  • Pour les employés, celles-ci peuvent leur permettre de s’améliorer, après avoir analysé leurs points faibles et leurs points forts.
  • Pour les employeurs, celles-ci permettent d’établir un plan d’action global, après avoir analysé les points faibles et les points forts de leur entreprise.
  • Pour les formateurs et les chercheurs, le big data obtenu grâce à la compilation de l’ensemble des données ainsi récoltées peut leur permettre de faire des avancées en matière de management.

Selon LinkedIn, la croissance des entreprises est positivement corrélée à l’augmentation des investissements dans la formation en ligne. Et tout particulièrement à ceux effectués en lien avec l’acquisition et le développement des «soft skills», à l’image du leadership.

D’où ma joie lorsque j’ai découvert, il y a quelques semaines, que les approches immersives gagnaient en popularité de manière foudroyante lorsqu’il s’agissait de mesurer les compétences et les habiletés. Un exemple : la récente initiative de rendre ainsi plus objectifs et complets les examens d’admission SAT (Scholastic Assessment Test) et ACT (American College Test) auxquels sont soumis les étudiants qui veulent entrer dans les collèges et universités américains.

Une question d’audace

À 27 ans, Rebecca Kantar est une femme au parcours entrepreneurial impressionnant. Elle a comme ambition de révolutionner la façon dont on enseigne, et évalue ainsi les méthodes d’apprentissage à toutes les étapes des parcours scolaires et universitaires. Elle clame que le système d’éducation n’est pas adapté à la réalité du monde du travail et que le jeu sérieux est un pas dans la bonne direction.

Un des nombreux objectifs de Rebecca Kantar est d’améliorer la fiabilité des tests d’entrée pour, entre autres, réduire les possibilités de tricherie – un fléau qui gagne en ampleur, selon un article du Bloomberg Businessweek.

Son approche suscite l’attention. La fondatrice d’Imbellus, une start-up de Los Angeles qui a levé 25 M$ US de financement, vient en effet de recevoir de l’appui de la firme de consultation mondiale McKinsey & Company, laquelle a décidé de faire «jouer» ses consultants à l’échelle de la planète.

Inspirant, n’est-ce pas?

Voilà pourquoi je nous invite à nous laisser inspirer par ce qui se fait de bon et par ce qui transforme le milieu de la formation et du développement des compétences. À regarder du côté de la formation immersive, qui permet à la fois d’enseigner et d’évaluer le savoir-faire, le savoir-être et même savoir faire-faire dans le cas des gestionnaires.

À quand des tests d’embauche pour évaluer à la fois les compétences, les habiletés et l’adéquation des valeurs, non plus par des entrevues, mais par une simulation virtuelle?

À quand des examens d’entrée au sein des ordres professionnels qui sont non seulement dynamiques et branchés sur la réalité du monde du travail, mais aussi à même de mesurer les compétences techniques et les «soft skills»?

À quand des programmes de formation continue en entreprise et au sein des ordres professionnels qui susciteront l’engagement des apprenants grâce à la flexibilité, l’attractivité et la pertinence de leurs contenus?

À quand des parcours de formation en entreprise accessibles dans la langue de prédilection de l’apprenant et disponibles au moment propice?

À quand des programmes de formation qui n’imposent plus de déplacer à l’extérieur de l’entreprise un grand nombre d’employés et de gestionnaires? Et qui permettent d’éviter les sempiternelles batailles pour les salles disponibles au sein de la boîte?

À quand un enseignement immersif au sein de notre système éducatif, auquel on accorde une juste valeur en crédits?

À quand le moment où professeurs et formateurs se serviront des données prédictives issues des plateformes technologiques, histoire d’adapter leurs cours en conséquence?

Bref, à quand la réalité virtuelle comme moyen d’apprentissage?

La technologie est déjà là, y compris en français. Il nous reste à apprivoiser collectivement ces nouveaux outils, et à ainsi sauver temps et argent, tout en augmentant notre capital de compétences individuel et collectif.

Oui, le futur de l’apprentissage, c’est maintenant!

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